Le Luminaire
 

Nous sommes au 14ème siècle. Les dons et les legs affluent à Notre Dame de la Garde. Des chrétiens laïcs, associés dans la prière, ou bien par « la reconnaissance qu’ils portaient à venir remercier la Sainte Vierge pour des grâces obtenues par son intercession », s’unissent pour former une confrérie, ou un luminaire, comme ils l’ont fait à Saint Victor et sans doute ailleurs. En cela ils sont sans aucun doute encouragés par l’église, dont ils vont soulager la charge de travail du prieur. Celui-ci pouvant ainsi se consacrer plus largement à la prière et aux offices.
Selon Mgr Chailland, « le 9 juin 1379, Jean Roman, laboureur de Besse, habitant Marseille,

Le coeur de la basilique

demeurant au portail du Laurent, fait donation au luminaire, représenté par ses recteurs Hugues et Bertrand de Roquefort, d’une maison sise dans la traverse du Four, de la rue Saint martin, près de l’hôpital de Saint jean de Galice. »
Nous y apprenons qu’en 1379, la confrérie a deux recteurs, et donc est parfaitement structurée. Les legs, et celui-ci est déjà conséquent, sont faits par des laïcs membres de la confrérie. Selon les statuts de celle-ci, à la mort d’un des membres, le corps est accompagné jusqu’au cimetière par les autres membres.
La piété pour la Vierge de la Garde s’est affirmée et il n’y a pas de journée sans que l’on voit une foule nombreuse entreprendre la montée vers Notre Dame de la Garde.
Dans un mémoire de Jean Duroure « Premier prieur, fabricien et marguillier » on trouve la liste des noms des premiers marguilliers en 1425 : Jean Mauran, marinier ; Nicolas Fabre, pêcheur ; Jaume Michel, cordier ; Palamède Dupont Laurens, couturier.
Il y a donc, à cette date, au moins deux confréries qui sans doute sont en concurrence. En 1480, le conseil de la commune de Marseille demande le retour de la paix entre les deux confréries et par la suite, la confrérie la plus jeune semble avoir absorbé la première.
Le nombre de prieurs marguilliers est de 4 originellement. Il est porté à 8 puis à 12 plus tard. Les 4 prieurs laïques se répartissaient les charges suivantes :

  • Le Marguillier prend en charge l’autel, les titres et papiers de l’église ainsi que les dépenses de nourriture des prêtres
  • Le trésorier a la charge des revenus et dépenses. Chaque dimanche il distribue des secours aux pauvres qui sont montés à la bonne mère.
  • Un autre marguillier enregistre les dons des joyaux et garde les bijoux.
  • Enfin le sacristain prend soin des ornements, vases, messes dites, ainsi que des dons et rétributions.

On le voit, vers le milieu du 15ème siècle, les attributions de ces prieurs laïques sont importantes et se substituent très largement à celles des prieurs religieux, allant même jusqu’à commander à Jean Giraudi, tailleur de pierres en 1441, une nouvelle chapelle dite de l’annonciation et qui communiquera avec l’église. Et aussi, la construction de sept oratoires sur le chemin de la colline en l’honneur des sept joies de la vierge.
Ce fût ainsi la discorde entre marguilliers et prieurs réguliers. Les marguilliers accusant le prieur de garder des sommes destinées aux réparations de l’église, tandis que le prieur réclamait des sommes destinées à des aumônes et que la confrérie retenait.
Un procès s’en suivit et s’acheva par un arrêt du parlement de Provence le 8 mai 1531 : les marguilliers peuvent recueillir des dons pour le luminaire et les réparations de l’église. Seul le prieur percevra les dons manuels et offrandes amenées par les pèlerins.
Par la suite, une grande partie de l’autorité des prieurs réguliers disparaîtra presque entièrement. Au décès du dernier d’entre eux, Denis Aubert en 1760, la confrérie prétendra que l’abbaye de Saint victor n’a jamais eu de droits sur Notre dame de la Garde.

Façade Nord du clocher de Notre Dame de la Garde