Joseph Elie ESCARAMAGNE

 

Nous sommes en 1795, et après un inventaire, tous les biens de Notre dame de la Garde, sont vendus aux enchères, un an après la Vierge à l’ostensoir qui a été portée à l'hotel de la monnaie. La vierge brune a disparu. Il reste encore quelques centaines d’ex-voto qui subiront le même sort.
Joseph Elie Escaramagne, a échappé à la guillotine pour « conspiration contre la République ». Il a fourni des canons et des fusils à l’armée fédéraliste marseillaise. Il voue depuis lors une dévotion immense envers la Bonne Mère. Il possède une maison de campagne juste en dessous du fort, (l’ancienne résidence des oblats, aujourd'hui résidence de l'évêque). A-t-il caché la statue de la "brune", comme certains peuvent l'exprimer ? Nous ne pouvons réellement l'affirmer. Il loue la petite église ainsi que la chapelle Saint Roch qui est attenante, pour la somme de cent cinq livres annuellement, et pour une période de neufs ans.

Un an plus tard, des fidèles tentent une procession le jour de la fête Dieu, le 2 juin 1796, mais ils sont vite repoussés par les forces de l’ordre. Seules quelques uns atteignent la chapelle ou l’abbé Jaubert leur donne la bénédiction.
A partir de 1797, l’église demeurera obstinément close. Escaramagne accomplit des démarches auprès des autorités civiles et militaires, et même jusqu’au ministre de la guerre en 1801. Le préfet du département doit trancher : l’église est dans une enceinte militaire et « il serait à craindre que de cet endroit, on se permit quelques signaux ». Escaramagne s’enhardit de nouveau en 1802, mais il essuie toujours le même refus de la part du préfet. Il faut finalement attendre le 4 avril

Le fort et la chapelle en 1843

pour que les fidèles puissent prendre possession des lieux. Ce jour là, une grande procession est organisée, mais il n’y a plus de statue dans l’église. Escaramagne, avec ses deniers, achète aux enchères, une vierge pour la somme de quinze francs. Elle provient du couvent des Picpus (actuel palais de justice), détruit pendant la révolution. Cette vierge, en bois, tenait à l’origine un sceptre dans la main droite. Il est remplacé par un bouquet de fleurs, d’où son nom de Vierge au bouquet (Elle est toujours en place dans le crypte). Le cortège cérémonial s’ébranle à huit heures le matin de la cathédrale de la Major en passant par la rue Coutellerie et les quais jusqu’en haut de la colline en portant la statue de la Vierge. Deux mois plus tard les cérémonies de la fête Dieu sont reprises, et Notre Dame de la Garde est de nouveau vénérée.
En 1807, sur décision de l’évêque, l’église est ouverte tous les jours sauf par mauvais temps. Trois messes y sont dites le dimanche. Le mobilier est reconstitué. Et puis, dans l’allégresse, on oublie les discordes entre militaires et civils. La ferveur pour la Vierge est toujours intacte, et c’est une foule immense qui se masse sur la colline en 1820 pour la pause d’une grande croix, en dessous de la chapelle du fort. Sur accord du ministre de la guerre, on reconstruit les oratoires qui étaient implantés tout le long de la montée.

Mais la Vierge au bouquet ne convient plus tout à fait à l’image que l’on veut donner à Notre Dame de la Garde. En 1823 il est décidé que dix pour cent des offrandes et des quêtes seraient réservés au financement d’une nouvelle statue. En 1829 la somme étant réunie, celle-ci pourra être réalisée.
L’église est devenue trop petite. On obtient de l’armée l’autorisation de percer les murs vers le fort (ancienne chapelle). La superficie passe alors à deux cent cinquante mètres carrés !
En décembre 1834, le choléra s’abat sur Marseille. La ferveur au près de la Bonne Mère redouble. Les Marseillais demandent une procession : la Vierge doit descendre dans la ville. Mgr Mazenod donne son accord, et le 12 mars suivant,

Intérieur de la chapelle en 1848

la procession, part de la colline. La vierge est portée d’abord par les militaires, puis par des pénitents, jusqu’à la Major. Citons Mgr Chailland : « les larmes de tout un peuple accompagnèrent la Vierge à son retour ».
Pendant ce temps, la nouvelle statue, dont la réalisation est confiée à Chanuel, sur un modèle réalisé par le sculpteur Cortot, en argent repoussé, est terminée (1834). Elle ne sera bénie que le 2 juillet 1837 par Mgr F Mazenod qui en même temps fait ses adieux aux Marseillais. La foule est immense, dans toutes les rues jusqu’aux toits des maisons.
Devant la ferveur immense envers la Bonne mère, on envisage d’agrandir. Il y a refus des militaires. Il faut attendre les pères Oblats, et en particulier le père Bernard, en 1841 « grand apôtre de Notre Dame de la Garde et le restaurateur de la dévotion. ». Il demeure à son poste jusqu’en 1861. Il fait refaire un nouveau clocher en 1843. Un gros bourdon est mis en place. Il sait convaincre les administrateurs, l’évêque, Mgr de Mazenod, ce qui n’était sans doute pas bien difficile, mais aussi les militaires. Le projet d’une basilique, digne de Marseille et de « la reine du ciel » est conçu. Il est présenté au conseil d’administration par le Père Bernard le 18 décembre 1849. En 1850, le ministre de la guerre signe un décret qui donne en location les bâtiments du fort sauf la vigie et le corps de

La vierge de Chanuel

garde, mais n’autorise pas l’extension de l’église. Il faut attendre le décret impérial du 5 février 1852 pour que les travaux d’agrandissement soient accordés.
Enfin, par un mandement du 1er novembre 1852, Mgr Mazenod « annonce l’œuvre de la reconstruction de Notre Dame de la Garde et sollicite la générosité des fidèles ».