La nouvelle Basilique

 

Le choix du conseil se porte sur le projet Vaudoyer dont les plans sont exécutés par Henry Espérandieu. Mais il faut trouver l’argent nécessaire au lancement des travaux. Certes, le cabinet d’architecture ne demande aucun honoraire. Mais où trouver l’argent ? Ce sera par souscription. Dans toutes les églises de la ville il est demandé une participation gracieuse aux fidèles. Des articles dans les différentes revues religieuses ou la presse locale et régionale sont publiés. Enfin les grandes dames de la ville transformées en « dames quêteuses » s’investissent. En avril 1853, ce sont deux cent cinquante mille francs qui sont réunis, soit environ le tiers du devis initial de H. Espérandieu.
Devant ce relatif échec, une campagne « publicitaire » est engagée par le vicaire général Jean Batiste Cailhol. Mais elle n’apportera pas grand-chose. Le conseil d’administration décide néanmoins de lancer les travaux tout en demandant à l’architecte de faire des économies. Espérandieu propose la suppression de la crypte. Mais le conseil décide de la garder. Et en plus les matériaux utilisés pour la basilique, prévus en pierre ordinaire et en briques seront remplacés par du marbre bicolore ! Rien n’est trop beau pour la reine du ciel et la ville de Marseille. Le dimanche 11 septembre 1853, jour de la fête de Marie, soit un an après la cathédrale de la Major, la première pierre est posée par Mgr Mazenod, en présence de H Espérandieu et de toute une foule qui couvrait la colline.

Le chantier est lancé, et la chapelle inférieure, la crypte creusée dans la roche, est terminée en 1855. Elle est bénie par Mgr Mazenod le 6 mai.
L’argent vient à manquer. Le conseil d’administration lance une grande loterie en 1855. Et le père Bernard s’active à expédier des billets dans toute la France. Mais le résultat escompté n’est pas là. Le chantier, tout juste commencé, est arrêté. De plus, il a été confié à l’entreprise Bérenguier sans en référer à Espérandieu. Celui-ci écrit au conseil d’administration : « il est contre toutes les règles du bâtiment qu’un mémoire d’entrepreneur soit payé sans le visa de l’architecte, et je ne pense pas que, hors de Marseille, un seul édifice de France se soit construit de la sorte ».

Mgr Mazenod. A l'entrée de la crypte

Le chantier redémarre néanmoins en 1857, à cadence réduite. Espérandieu est consterné par les décisions que le conseil prend, sans lui en rendre compte : Le peintre allemand Karl Müller obtient un contrat, pour une valeur de trois cent mille francs, soit presque la moitié du devis d’origine de la basilique, pour les peintures de la crypte et de l’église ; le sculpteur Ramus est choisi (il réalisera les statues de Pie IX et de Mgr Mazenod que l’on voie à l’entrée de la crypte, et les deux statues de Jean et d’Isaïe situées devant l’église). Le chantier est de nouveau interrompu.
En 1861, Mgr Mazenod décède. Il est remplacé par Mgr Cruice. Celui-ci fait dresser un état des lieux : La crypte est finie, le clocher presque terminé, et les murs sont montés. Mais il faut trouver encore sept cent mille francs et on a dépensé neuf cent mille francs. Mgr Cruise pense avoir été trompé par le devis de l’architecte. Celui-ci rétorque que des décisions lourdes de conséquence ont été prises par le conseil d’administration, sans son accord. Finalement, les choses vont mieux entre l’architecte et Mgr Cruise. En 1862, le peintre Müller perd son contrat.

Il faut encore trouver de l’argent. Mgr Cruise lance une nouvelle quête dans tout le diocèse et pour susciter l’engouement des fidèles, une plaque en marbre pour chaque donateur sera apposée sur les murs de l’église. « ces noms passeront à la postérité ; les pèlerins les lieront avec reconnaissance. » L’évêque lui-même prête cinquante mille francs, tandis que Napoléon III versera un peu plus tard cinquante mille francs. Les fidèles suivent leur évêque et les travaux peuvent continuer. Peu après, sur décret de l’empereur, la chapelle devient vicariale et le conseil d’administration est changé en conseil de fabrique dont la ville est garante.
La construction est bientôt terminée, mais

La visite de Napoléon III au chantier

l’argent manque encore. Une nouvelle souscription est lancée en 1864. Pie IX donne mille cinq cents francs tandis que Napoléon III verse trente mille francs d’une ancienne promesse. Tout le monde se remet au travail en vue de la consécration. Et Espérandieu n’est pas en reste et il « électrise tous ses travailleurs. »
La consécration est fixée au samedi 4 juin 1864. Dés sept heures du matin, les prélats arrivent à Notre Dame de la Garde. Le cardinal Villecourt a été délégué par le pape. A l’issue de la cérémonie, il lit le bref du pape « dans lequel était accordée tout particulièrement la faveur insigne d’une bénédiction papale. » On y consacre les différents autels et la première messe y est célébrée par le cardinal Donnet, en présence de nombreux collègues, d’une quarantaine d’évêques et d’un grand nombre de religieux.
Le lendemain, c’est une imposante procession (100 000 personnes se sont massées sur le parcours) qui accompagne la vierge Marie (la statue de Chanuel) depuis le cours Belsunce jusqu’au sommet de la colline. La vierge trouve enfin sa place dans l’église du haut.

Mais les travaux ne sont pas terminés. On pose les mosaïques des chapelles et de la nef, terminées en 1866. Mgr Cruise suite à une maladie est remplacé par Mgr Place. Il reste à poser une vierge sur le sommet du clocher. Espérandieu fait des dessins et propose une statue de neuf mètres de haut. Le conseil de fabrique lance un concourt et le 2 août 1866, un jury composé dont H Espérandieu fait partie choisit le projet de Lequesne. C’est la maison Christofle qui est choisie par le conseil pour la réalisation. La statue, dont on peut pénétrer à l’intérieur par un escalier d’un mètre vingt de large, sera réalisée en cuivre galvanoplastique doré à la feuille d’or. La municipalité de Marseille devra débourser la somme de soixante-trois mille quatre cent quatre-vingt francs. Elle est livrée en

Dans la crypte, nous pouvons voir les plaques de marbre portant les noms des donateurs.

1870, en même temps que les quatre anges du sommet du clocher, et le 24 septembre Mgr Place la bénit.
L
es travaux ne sont toujours pas terminés. Il faut faire le dallage avec des mosaïques, ainsi que le maître autel qui avait été, provisoirement construit en bois. Il sera en marbre.Il y a aussi l’escalier extérieur et le perron qui sont terminés en 1870. L’argent vient à manquer une nouvelle fois, et l’on lance une nouvelle souscription en 1871, puis une autre en 1873, ainsi qu’un emprunt. Henry Espérandieu décède d’une crise cardiaque en 1874, et c’est Revoil qui terminera les travaux. En 1880, les pères Oblats sont expulsés. En 1897, la porte principale en bois est remplacée par deux portes en bronze. Enfin les mosaïques sont complètement posées en 1899. L'église est terminée. Elle aura coûtée deux millions deux cent quatre-vingt mille francs.
Auparavant, l'église est consacrée basilique mineure le 18 juin 1879, et reçoit ses insignes.