La Chapelle de la Garde

De l’église originelle, nous ne savons pratiquement rien. C’est en 1477 que cette chapelle primitive, qui était presque en ruines, fut remplacée tout à côté, par une nouvelle, avec voûte, elle-même transformée au moment de la construction du fort en 1525 . Selon un journal de l’évêché, en 1720, pendant la grande peste, Mgr Belsunce « est allé dire la messe à Notre Dame de la Garde à la chapelle d’en bas, sous le pont-levis », puis de nouveau il y retourne « le 13 août 1721, à 6 heures du matin célébrer la messe à l’église haute »

Il y a déjà deux niveaux. La chapelle basse taillée dans le rocher est la chapelle St Roch.
L’église supérieure est composée de trois nefs avec arceaux et de quatre petites chapelles (autels). Le toit supporte un petit clocher à trois campanes «
aux discrets mais agréables tintements » L’autel principal est orné d’un retable. Au dessus, une niche avec la statue en bois de la vierge Marie. Cette statue dont on trouve trace dans des écrits du XIVème siècle, est communément appelée « la brune » Voici ce qu'en dit Madeleine de Scudéry, soeur du gouverneur du fort au 17ème siècle : " L'image miraculeuse, pour laquelle les matelots ont une si grande religion et que des miracles de chaque jour affermissent encore, est une Sainte Vierge de bois fort vieille, parée d'or et d'argent semblable à celle de Notre Dame de bon Secours de Rouen " Elle disparaitra en 1795 pendant la révolution, peut être mise en lieu sûr par Joseph Elie ESCARAMAGNE. Nous ne savons pas exactement à quoi ressemblait cette statue, mais la statue ci contre, que possède le monastère de la visitation à Voirons, pourrait en être une copie.
L’église est consacrée par Mgr B Portale, vicaire du cardinal JB Cibo, évêque de Marseille le 5 octobre 1544. Ce retard est assurément imputable à la construction du fort et aux difficul-
Copie de la Brune ?

tés de cohabitation avec les militaires. De ce fait, l’église voit son accès réservé, quelques fois elle sera même interdite au public. Elle est complètement englobée par le fort. L’entrée principale se fait par le pont-levis, mais on peut y pénétrer par une poterne décorée aux armes de François Ier. On les retrouve actuellement, sur le mur nord, près de l'accueil.
Une autre statue remplace la « brune » le 13 juin 1661. Elle est en argent, pèse 22 kilos, fabriquée par la maison Jean Beaumond, maître orfèvre à Marseille. Elle sera payée 4720 livres. La vierge porte un ostensoir qui sert à exposer le saint sacrement. En dehors des fêtes religieuses, celui-ci est remplacé par un enfant Jésus. Elle sera portée à l’hôtel de la monnaie pendant la révolution, en 1794, pour être fondue.

L’inventaire de Notre Dame de la Garde qui a été fait à la fin du 17 ème siècle fait état d’un nombre importants d’objets en or, en argent, émeraude et autres pierres précieuses, ainsi que d’autres objets provenant, pour beaucoup, de marins.
On vient à la Bonne Mère seul ou en groupe, mais toujours en pèlerin. Au 17ème siècle, un inconnu écrit « que lorsque les gens de mer arrivent et qu’ils aperçoivent de leur bateau la dite chapelle, ils chantent, sur le pont, à deux genoux, le Salve Regina, font tirer les canons, et estant entrés dans le port, ils montent à la Garde, déposent leurs ex-voto et leurs offrandes pour remercier Dieu et la sainte Vierge de ce qu’ils ont été délivrés de quelques tempêtes, de quelques orages ou de ce qu’ils sont arrivés en bon port »
Dans Usages Marseillais, Marchetti explique « Qui peut les voir monter, ces pèlerins, tous les samedis, à Notre Dame de la Garde, pour y implorer le secours de ses prières et lui demander son appui et sa protection, sans être extraordinairement touché de l’incommodité avec laquelle ils grimpent, pour ainsi dire, sur cette montagne, quelque temps qu’il fasse,

La vierge à l'ostensoir. L'enfant Jésus est déposé aux pieds de la vierge

plusieurs ayant les pieds nus et tous disant lechapelet ou faisant différentes prières. » ou bien le récit Mlle de Scudéry « Hier, j’aperçus au pied de la montagne un pèlerin qui grimpait vers nous pieds nus, en récitant dévotement des oraisons ; un autre le suivait portant des chaussures et je jugeais à leurs vêtements que c'étaient des mariniers. Ces bonnes gens arrivèrent à moi à la porte de la chapelle, comme on venait de la fermer. S'adressant à moi, après nombreuses révérences, ils me dirent qu'ils étaient venus pour accomplir un vœu et faire offrande à Notre-Dame de la Garde d'un petit navire merveilleusement travaillé qu'ils me présentèrent. L'habileté et la finesse de cet ouvrage, où se trouvaient avec exactitude les plus petites pièces d'un gros vaisseau, me parurent incomparables, mais je les trouvais cent fois plus habiles en apprenant qu’ils étaient de Gran ville !... Ils me racontèrent que s'étant aventurés dans cette mer pour faire échange de la morue sèche contre l'huile d'olive ils avaient été assaillis d'une horrible tempête qui avait rompu leur mâture et enlevé leur gouvernail, qu'en cette extrémité, ils s'étaient voués à Notre-Dame de la Garde, laquelle les avait sauvés d'une perte certaine. Après avoir écouté ce récit, je me fis apporter par Berthelet la clef de la chapelle, où ils suspendirent eux-mêmes à la voûte leur navire parmi d' autres semblables qui y figurent autant de lampes ».
Les grandes fêtes religieuses sont l’occasion de processions importantes. Voici ce qu’en dit toujours Mlle de Scudéry :

« Vendredi passé, qui était le lendemain de la fête Dieu, vous eussiez vu la citadelle banderolée des pieds à la tête d’une dizaine de drapeaux et, en branle, les cloches de notre clocheton, et une admirable procession rentrant au château. La statue de Notre Dame de la garde, tenant de son bras gauche l’enfant nu et de sa main droite un bouquet de fleurs, était portée par huit pénitents déchaussés et voilés comme des fantômes. Nos soldats lui faisaient escorte, le mousquet sur l’épaule. Devant marchaient des prêtres, une grande musique, des notables, un cierge à la main ; puis venait la confrérie des pénitents, et les croix et les bannières, les tambours, les étendards, les ecclésiastiques et par derrière, une multitude
Procession de la fête Dieu en 1777

immense décrivant un grand détour, vers le calvaire. Les belles dames cherchant l’ombre sous leurs parasols et agitant leurs éventails, les seigneurs, les gueux, les bourgeois, les levantins avec leurs longues piques, tout ce que la ville enferme d’étrangers étaient confondus et répandus sur la montagne et sur les cent degrés du château. Des marchands de fruits couraient à travers la foule avec leurs corbeilles sur la tête. Je n’ai jamais vu de ma vie, spectacle plus éblouissant. »
En, le sanctuaire est investi par le peuple.
La fête Dieu se déroule une dernière fois le 7 juin, pendant la révolution malgré une foule brutale qui agresse les fidèles à coup de pierres pendant la descente vers la ville. A leur retour, la vierge Marie est ceinte d’une écharpe tricolore, tandis que l’enfant Jésus est coiffé d’un bonnet rouge. En 1793 le sanctuaire est désaffecté.