L'ascenseur de Notre Dame de la Garde

 
Toute personne qui vient à Notre Dame de la Garde, que ce soit à pied, par le petit train, ou bien en voiture, s’aperçoit très vite d’une chose : à partir du cours Pierre Puget, ou du Boulevard Téllène, la pente devient rapidement très prononcée ; et par les chaudes journées d’été, monter à pied devient vite délicat, mais quel bonheur quand on est arrivé auprès de la Bonne de Mère !
Dés la révolution industrielle du dix neuvième siècle, les projets pour amener les pèlerins au sommet de la colline (cent cinquante mètres environ de hauteur ) ont commencé à fleurir. Le premier est, dans les années 1830, celui d' Honoré Rouaze qui avait imaginé un aérostat dont la nacelle glissait le long d’un rail, entre le Prado et le sommet de la colline ! Bien entendu le projet, ne vit pas le jour.
Plus tard, c’est une dizaine de projets différents qui sont proposés. Un chemin de fer funiculaire depuis le Bd Gazzino (André Aulne) en 1868 pour lequel la municipalité ne donna pas suite. L’ingénieur J Michel se remet à l’ouvrage et présente un nouveau projet en 1875, puis un autre en 1877 et encore un autre en 1881 ; mais il n’y eu pas de suite. Huit années plus tard, deux projets sont retenus mais la décision est difficile à prendre entre la préfecture et la mairie. Un des projets retenus proposera même un une tour haute de 172 m à proximité de la basilique.
Sorti en dernier un projet va coiffer les deux autres sur le poteau. C’est celui d’Emile Maslin. Cet ingénieur base son projet sur celui d’un ascenseur qui n’a pas besoin de l’aval de la mairie ou de la préfecture. Il manque d’argent, alors il s’associe avec un homme d’affaires, J H

Affiche montrant l'ascenseur

Dussaud, qui possède des terrains sur la carrière où doit être installé la machine. Il faut convaincre le conseil de fabrique de la basilique. Ce fut vite fait et l’église donne en location les terrains. Pour le ministère de la guerre l’accord est donné à condition que les hommes du fort puissent emprunter gratuitement les installations. Par contre, les militaires trouvent trop haute la passerelle qui doit aboutir directement au pied de la basilique. Il faut l’abaisser de quinze mètres.
Le chantier commence en 1890. La passerelle métallique est construite par la société Eiffel, tandis que les Forges et Chantiers de la Méditerranée construisent l’ascenseur proprement dit. Le chantier est terminé le 30 avril 1892. Il est inauguré par Mgr Robert le 30 juillet.
Emile Maslin a imaginé un système simple et efficace qui a fonctionné pendant 75 ans sans incident majeur. Les deux cabines roulent sur deux rails et une crémaillère. Pendant que l’une monte, l’autre descend. Elles sont reliées à un câble qui s’enroule ou se déroule autour d’un tambour. Les cabines, en bois, sont munies d’un réservoir d’eau de 6000 litres. La cabine du bas se vide, tandis que celle du haut se remplit grâce à un réservoir situé sur la passerelle. Quand le poids de cette dernière devient plus grand que celui de celle qui est en bas, l’ascenseur est prêt au départ. De temps en temps, des pompes font monter l’eau du réservoir souterrain du bas vers celui du haut. La machine fonctionnait sans électricité. Un frein régulateur s’appuyant sur la crémaillère peut intervenir au cas ou les câbles auraient cassé. Ce qui n’arriva jamais. Bien entendu ce fonctionnement simple n’était pas sans inconvénient. Le bruit était « infernal » entre les bruits d’eau et les bruits de ferraille. Il y avait aussi les vibrations et fortes trépidations qui accompagnaient chaque « voyage » vers la Bonne Mère. Ne l’appelait on pas « la machine du malin » ?
La hauteur de la rampe était de 72 m dont 24 m dans un pylône construit en pierres. La longueur était de 84 m. C’est dire si la pente était impressionnante ! La passerelle supérieure avait une longueur de 80 m pour 5,50 m de largeur.
La gare de départ, de style colonial était entourée d’un jardin et d’un parking ou les voitures et omnibus (à cheval) pouvaient stationner.
Le succès de l’ascenseur ne s’est pas fait attendre et il transportae 15000 personnes pour la fête du 15 août 1892. et cela continue jusqu’aux années 1930.
A cette époque, l’ascenseur est âgé d’une tren-

La passerelle d'arrivée

taine d’années et des travaux sont à prévoir. De plus les automobiles deviennent de plus en plus nombreuses et montent au même endroit que l’ascenseur. En 1932, on pense à aménager un nouvel horaire avec un arrêt d’une heure en milieu de journée. On y renonce à cause de la concurrence automobile. Cette concurrence ne fait que s’amplifier et envoie l’ascenseur à la mort quelques décennies plus tard. Le dernier voyage se fait le 11 septembre 1967. Cette dernière descente n’emporte que sept passagers.
Par la suite la gare de départ, la rampe et la passerelle sont démolies. Certains pensent que ce fût une erreur. D’autres, comme le recteur de la basilique, pensent à « l’amélioration esthétique » de la colline. Et celui-ci réclame aussitôt une ligne de bus régulière pour la Bonne Mère. Le 2 mai 1968, sa demande fest exhaussée, et ligne N° 60 remplaçe l’ascenseur. Depuis 1989, un petit train empruntant le boulevard de la Corderie, le Bd André Aulne et la rude montée des Oblats emporte tout un monde de touristes ravis de ce tour dans les rues chargées d’histoire de Marseille.